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PORTRAIT DE LOUIS-PHILIPPE LONCKE – AVENTURIER ET EXPLORATEUR

Interview par Jérémy Roumian.

En moins de 5 années, cet ingénieur Belge de formation s’est fait remarquer au niveau international et surtout en Australie où il à réalisé plusieurs premières mondiales dont la plus importante à été de traverser seul et en autonomie complète le désert le plus aride du pays, le désert de Simpson. Un trek de 5 semaines à la limite de la fatigue et de la déshydratation. L’année dernière, il fait la une du journal télé national en Islande avec un autre trek jamais réalisé avant. Celui que l’on surnomme le « crazy Belgian » en Australie depuis ces premiers treks n’est qu’au début de sa carrière d’aventurier et explorateur. Il a été accepté dans le prestigieux Explorers Club basé à New-York et est membre de la Royal Geographic Society à Londres. Il prépare actuellement deux nouvelles expéditions dont une étonnante qui se déroule en Belgique.



COMMENT T’ES VENU L’IDÉE DE TA PREMIÈRE EXPÉDITION ?

PORTRAIT DE LOUIS-PHILIPPE LONCKE – AVENTURIER ET EXPLORATEUR
En 2004, je baroude pendant 1 an en Océanie. J’y venais pour faire de la plongée sous-marine mais j’y ai surtout découvert le trekking en Australie et en Nouvelle Zélande. Dans le centre de l’Australie, je rencontre 3 Lillois à une station essence qui se dirigeaient comme moi vers Alice Springs. On voyage ensemble pendant une semaine et surtout on réalise une section d’un nouveau sentier qui s’appelle le Larapinta. Le tout fait 230km de long en englobe les plus hautes montagnes de l’Outback Australien. On adore les quelques 30km que l’on parcoure et l’idée commence à germer de revenir faire l’entièreté du trek.

Au retour en Belgique je rencontre Sylvain Tesson qui m’encourage à faire des aventures après avoir vu mes photos. Sans le savoir, je commençais à me sentir capable de tenter de faire tout le Larapinta d’une traite et de le faire sans réapprovisionnement. Je repars en 2006 vivre un an en Australie avec plusieurs projets en tête. En préparant ce premier trek je me heurte aux autorités et aux locaux qui me déconseillent une telle entreprise. « It’s impossible, there is no water, you will die ». J’avais en fait mis la barre encore plus haute car j’avais remarqué que le plus haut sommet du Territoire du Nord en Australie se trouvait à quelques dizaines de kilomètres du bout du Larapinta. J’ai donc voulu englober ce trek balisé avec une partie hors sentier en plein bush. Un trek de 330km, dans le désert en ayant tout sur le dos puisqu’on est dans la montagne, néanmoins grâce à certains « bushwalkers » (randonneurs) accomplis j’ai pu localiser des petites flaques d’eau résiduelles pour survivre. Mais boire de l’eau verte n’a pas été de tout repos pour mon tube digestif. Au 11ème jour de marche je termine à Alice Springs, ayant réussi une première mondiale en autonomie complète qui ma valu le respect de toute la communauté de bushwalkers du pays et mon premier article dans un journal étranger. Plus tard cela m’a aidé à rencontrer des explorateurs et aventuriers locaux.

QUELLE A ÉTÉ L’EXPÉDITION LA PLUS DIFFICILE POUR TOI ?

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Il y a 2 manières de répondre. En termes de difficulté et dangerosité, le trek de 7 semaines d’autonomie en Tasmanie à été le plus éprouvant. Physiquement j’y ai perdu 10 kg et toute ma graisse et une bonne partie de masse musculaire, et en plus j’avais une jambe atteinte de la maladie du pied des tranchées qui s’est propagé aux 2 jambes une semaine après la fin de l’aventure. Une saloperie qui m’a détruit à vie toute microcirculation dans les orteils. J’ai du patienter 18 mois avant de retrouver une sensation normale dans mes 10 orteils.

En termes de préparation et de logistique, la traversée du désert de Simpson a été une accumulation de stress avec un timing tout juste. Dans le style: recevoir la dernière autorisation 3 jours avant de prendre l’avion, un pneu de charrette qui se casse net la veille de l’expédition de celle-ci, la venue du pape à Sydney qui bloque le transporteur qui doit me livrer les plats lyophilisés, mes bagages perdus à Singapour à l’aller, tester mon panneau solaire et mon téléphone satellite pendant l’expédition, … On aurait pu dire que j’étais très mal préparé mais disons que ce qui est intéressant dans la préparation d’une première mondiale, c’est justement de se retrouver en face de problèmes en tout genre et de faire preuve d’inventivité et de compromis pour continuer. Cela m’a permis de devenir très vite un spécialiste dans la préparation car j’ai appris des erreurs des autres et des miennes.

QUELS SONT TES PROJETS D’EXPÉDITIONS À VENIR ?

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Cet été 2011 je vais à la découverte de la Belgique en kayak. Le projet vise à réaliser un tour du pays de 600 kilomètres sur les voies navigables qui sont méconnues du public. Les objectifs sont donc de montrer cela via le blog et ensuite un documentaire. Il n’y a rien d’extrême, c’est donc une aventure avec un petit « a » mais un grand « B » comme Belgique.

Je veux aussi rencontrer les gens et sensibiliser à la protection de l’eau, mon cheval de bataille depuis le désert où je veux faire comprendre l’importance de l’or bleu et donc de sa protection.

Ensuite, en janvier 2012 je veux réaliser la première traversée de l’Islande en hiver (http://iceland-trek.blogspot.com/), qui sera donc en majeure partie dans l’obscurité. Ma première expédition de type polaire.

J’ai encore plus de vingt expéditions en tête et elles se réaliseront ou pas en fonction de l’avancement de la préparation, des mes aptitudes et de mes envies.


AU-DELÀ DE L’EXPLOIT SPORTIF QUE RECHERCHES-TU DANS TES AVENTURES?

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La première chose qui me fait partir, c’est l’envie de découvrir le terrain que j’ai vu en photo, c’est ainsi que naît le lieu du projet. Pour l’Islande, cela fait longtemps que ce pays m’attire, qui a vu des photos du pays et n’a pas envie d’aller voir de ses propres yeux ? A part que j’y vais de manière très engagée et dans des endroits non touristiques.

En 2005 en revenant de mon long périple d’un an, je passais rendre visite à une classe de primaire de mon école, à part qu’il y avait 20 ans de différence entre moi et les élèves. Je n’ai parlé qu’un quart d’heure et l’enseignante m’a dit qu’ils n’avaient jamais écouté de manière si calme. Certains continuent de visiter mon site web encore maintenant. J’ai compris à ce moment là que je pouvais devenir un modèle pour eux, que je pouvais les faire rêver. Je n’ai pas eu de personne à qui m’identifier ou qui me faisait rêver quand j’étais petit, à part Nicolas Hulot. Je crois qu’un des rôles des explorateurs et aventuriers et d’aller à la rencontre des plus jeunes et de les motiver à faire des choses « justes », la protection de la nature est évidente aujourd’hui mais cela commence par le respect de ses camarades et de la personne qui enseigne.

Certaines de mes expéditions ont depuis 2008 un caractère scientifique, si je puis aider à collecter des informations et à faire progresser la science, c’est d’autant plus valorisant. De plus les études d’ingénieurs mêlent les sciences, je me sens donc assez proche des scientifiques purs dans leurs disciplines.

AS-TU UN PROGRAMME D’ENTRAÎNEMENT PHYSIQUE SPÉCIFIQUE ?

Non, pas du tout. Je ne fais pas parti de la catégorie des aventuriers-athlètes. J’essaye de me mettre en forme quelques semaines avant une expédition, mais le peu d’exercice que je fais sert à éviter la blessure plutôt de que de faire de moi une machine de terrassement. Pour l’Islande en hiver, là je vais devoir me trouver un club et ou un coach, il faudra être performant.

ON DIT SOUVENT QUE TOUTE LA TERRE A ÉTÉ EXPLORÉE. POURQUOI CONTINUER À MENER DES EXPÉDITIONS AUJOURD’HUI ?

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Foutaises. Ceux qui croient cela n’ont jamais mis les pieds sur le terrain. Les photos satellites c’est bien génial mais il faut du terrain pour valider les mesures. De plus il reste des zones « blanches » comme en Patagonie où il y a toujours des nuages. Et je ne parle pas de l’espace, des cavernes, des grottes, des Océans et des jungles où on découvre encore chaque année de nouvelles espèces. Il y a aussi l’exploration intérieure qui consiste à essayer de comprendre, mesurer, agir sur le fonctionnement mental du corps. Et puis le relief change, les climats varient, les animaux se déplacent et change d’habitats, s’adaptent. Il y a encore beaucoup à explorer mais c’est évidemment plus dur qu’avant. C’est moins fructueux, moins évident. Du temps des grands navigateurs, la façon d’explorer était éprouvante et beaucoup ne revenaient pas. Mais une fois sur place, tout ce qui était visible était neuf. De nos jours il faut chercher une aiguille dans une botte de foin et la botte n’en contient pas forcément une.

QUELLE EST TA DÉFINITION DE L’AVENTURE ?

PORTRAIT DE LOUIS-PHILIPPE LONCKE – AVENTURIER ET EXPLORATEUR
L’éternelle question. Même entre aventuriers on débat régulièrement sur les définitions.

J’aime bien celle-ci : « Entreprise remarquable par le grand nombre de ses difficultés et l'incertitude de son aboutissement ». Dans le cas présent, on ne parle pas de l’aventure d’être parent ou entrepreneur. On parle d’un ou plusieurs individus qui se mettent volontairement ou pas en situation de risque.

En mon sens, vivre une aventure ne veut pas dire que la personne est aventurière. Je pourrai donner quelques exemples : faire Saint-Jacques de Compostelle, gravir le Mont Blanc, faire le Dakar, faire le trek vers l’Annapurna sont des entreprises qui peuvent être aventureuses, mais on n’en devient pas aventurier pour autant. Néanmoins il n’y a pas de frontière ni de définition pour déterminer un aventurier ou pas. Mais lorsqu’on suit un tour organisé, qu’on se déplace sur un sentier déjà bien fréquentée, le risque est faible. Traverser la France à vélo par exemple pour moi ce n’est pas une aventure. L’aventure, si elle est moins risquée le devient avec la durée. Faire le tour du monde à vélo ou effectuer un trek de 3000km en région difficile est une aventure. Tout dépend de l’engagement et des risques pris. Pour moi, gravir l’Everest est une aventure mais on n’en devient pas aventurier, on est Alpiniste ou client fortuné. Le mot expédition s’utilise s’il y a un certain besoin en préparation qui implique une certaine logistique complexe.

Il faut vraiment être prudent avec tous ces termes, on ne compte plus les agences de voyages qui utilisent les mots « aventure », « expédition » ou pire « exploration ». L’exploration et l’explorateur, s’utilisent pour une personne qui va revenir avec un enseignement ou des résultats de mesures qui vont bénéficier à la connaissance humaine. L’Everest n’est plus de l’exploration depuis bien longtemps! Un explorateur n’est pas forcément un aventurier. On peut très bien explorer la jungle de Bornéo sans risque important et revenir avec des données et découvertes scientifiques inestimables.

COMMENT FINANCES-TU TES EXPÉDITIONS ? EST-CE TON MÉTIER À TEMPS PLEIN ?

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Pour l’instant je peine à trouver des sponsors. Il est plus facile de parler d’un des trois pôles que d’expliquer une première mondiale. Pour le désert de Simpson par exemple, l’ampleur du challenge n’est pas comprise chez nous puisqu’on ne connaît pas ce désert, la presse n’a réagi que de manière mitigée à la fin du périple lorsque les médias Australiens ont salué l’exploit. Et pareil du côté des entreprises. J’ai du autofinancer 80% du budget et cela ne tient pas compte d’une quelconque rétribution de mon année de préparation et des 6 semaines en Australie.
Pour l’instant je préfère préparer des expéditions plutôt que d’essayer de monter des films ou d’écrire un livre. Je n’ai pas encore pris le temps de montrer mes films et d’écrire un livre, donc mon seul revenu possible est via le sponsoring ce qui est très difficile.

J’ai donc un métier dans une société de conseil en Ingéniering et j’espère progressivement attirer des sponsors pour financer mes expéditions incluant un salaire.

TU N’HÉSITES PAS À TE LANCER DANS DES PROJETS UN PEU LOUFOQUES. PARLES-NOUS DE TON EXPÉDITION AU NÉPAL.

PORTRAIT DE LOUIS-PHILIPPE LONCKE – AVENTURIER ET EXPLORATEUR
Après quatre aventures en solo et en autonomie en Australie, je voulais faire quelque chose de moins compliqué et en équipe. Avec des amis on voulait faire le trek vers le camp de base de l’Everest en partant de l’aéroport de Lukla. Finalement, je ne suis pas parti avec des amis mais avec des inconnus –qui sont devenus des amis maintenant- et le trek conventionnel s’est finalement transformé en trek de 400km depuis Katmandou comme avant la construction de l’aéroport en 1968. Cela a permis de voir à pied des villages ou les touristes ne s’arrêtent quasi jamais, de bénéficier de l’hospitalité des gens qui nous invitaient.

La particularité de ce trek est qu’on a distribué 100kg de chocolat en cours de route pour remercier cette population et les sherpas qui portent des charges énormes pour la logistique des expéditions Alpines depuis plus de 50 ans. Depuis Lukla, on a livré 120 kg dont 20kg furent donnés en cours de route et 100kg distribués au camp de base lors de l’organisation de la plus haute dégustation de chocolat au monde. Le but de cet événement médiatique était de sensibiliser aux problèmes de soins au Népal et de créer le premier hôpital mobile afin d’aller dans des villages reculés soigner lors de campagnes bien précises des milliers de Népalais qui n’ont jamais été soignés ou ne savent même pas ce qu’est un docteur. Le pays étant le plus pauvre d’Asie au point de vue de l’indice de développement humain après l’Afghanistan.

Interview par Jérémy Roumian.

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Samedi 14 Mai 2011
Marc D'Haenen

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