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Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…

Hors du commun car il est l’une des rares personnes à courir les deux courses de traineau à chiens les plus dures au monde : la Yukon Quest et l’Iditarod. A force de ténacité il finit par gagner la Yukon Quest et terminer second à l’Iditarod !



Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
Sébastian est né à Wuppertal en Allemagne le 21 mai 1970. Après des études de mécanicien industriel chez Mercedes-Benz, il bifurque vers les technologies environnementales. A l’âge de 25 ans, il part effectuer un stage dans un parc national de l’Ontario au Canada. Ce voyage sera une révélation pour lui. En 1997, il s’installe au Yukon, dans le Grand-Nord canadien, où il démarre des randonnées en traîneau à chiens. Trois ans plus tard il participera à sa première course de longue distance, la mythique Yukon Quest, sur plus de 1600 km, entre Whitehorse au Yukon et Fairbanks en Alaska.

Cette première expérience est un échec, avec l’abandon de Sébastian après 400 km. Mais cet échec sera pour lui un apprentissage. Tirant parti de ces constatations, cinq ans après il revient vers les courses de longue distance. Il décide de participer aux deux courses de légende, la Yukon Quest et l’Iditarod. Le nombre de mushers participant aux deux courses la même année se comptent sur les doigts de la main…

Rapidement, il rejoint le cercle très fermé des habitués de ces courses et améliore ses résultats. Il travaille beaucoup sur la psychologie des chiens et leur mental. Ce qui en fait également un musher hors norme. Il brise de nombreux tabous et entretient une relation très différente avec ses chiens, à l’inverse de tout ce qui se faisait jusque là. Ces efforts portent leurs fruits, car la saison 2008-2009 sera couronnée de succès, avec sa victoire à la Yukon Quest et sa seconde place à l’Iditarod.

L’Iditarod – une course hors normes…

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
Les origines : en 1925, une épidémie de diphtérie ravage la ville de Nome, en Alaska. Cette ville est située sur les rivages de la mer de Bering, à un jet de pierre de la Sibérie ! Aucune route ne mène dans cet endroit désolé, qui ne doit son existence qu’à l’or qu’on y a trouvé… Le sérum nécessaire à sauver les habitants de cette ville sera transporté par traineaux à chiens, dans une course effrénée, de Nenana, près d’Anchorage, jusqu’à sa destination. Vingt équipages de traineaux à chiens se relayeront sur la distance, pour finalement y arriver en 27 heures 30.

De nos jours, cet événement est commémoré par la mythique Iditarod, une course de traineaux à chiens qui démarre chaque année à Anchorage le premier samedi de Mars, depuis 1973. Les premiers équipages arrivent à Nome de dix à douze jours après, ayant couvert la distance de 1150 miles, c'est-à-dire plus de 1800 kilomètres.

Carte du parcours de l'Iditarod
Carte du parcours de l'Iditarod
Il n’est pas facile d’expliquer les conditions d’une telle course. Elle traverse des paysages d’une rare beauté, couverts de neige, par des températures de -30 à -60°c.
Elle traverse d’énormes forêts boréales, des chaines de montagnes et des plaines balayées par les vents. C’est une course où la nature et les éléments sont les premiers obstacles qui s’opposent à l’avancée des équipages de 12 à 16 chiens par traineaux…

Des points de ravitaillement et de contrôles sont répartis tout au long du parcours. Des équipes de volontaires, vétérinaires, médecins,… Sont là pour évaluer la bonne santé des coureurs et surtout des chiens. Si un chien montre des signes de faiblesse ou présente des blessures il est immédiatement retiré de la course et soigné. Les décisions des vétérinaires sont sans appel.

Le site internet consacré à la course est magnifiquement réalisé. Nous vous conseillons de le visiter : www.iditarod.com

La Yukon Quest : une véritable aventure…

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
Cette course est un rêve de mushers, devenu réalité. Elle célèbre le souvenir des pionniers qui utilisaient ce moyen de déplacement en hiver. Elle suit en partie le fameux chemin des chercheurs d’or de la grande ruée de 1898, que Jack London immortalisa dans ses romans (l’Appel de la forêt, Croc blanc,…).

La première édition eu lieu en 1983. Le parcours, de 1023 miles, soit plus de 1600 kilomètres, relie Whitehorse (Yukon) à Fairbanks (Alaska) les années impaires et dans l’autre sens les années paires. Si l’Iditarod est plus médiatisée, la Yukon Quest est réputée plus difficile. Une légende circule disant : « Les mushers participent à l’Iditarod pour la gagner et à la Yukon Quest pour arriver au bout ! »

Carte du parcours de la Yukon Quest
Carte du parcours de la Yukon Quest
Les montagnes sont plus hautes, les températures plus basses, les points de ravitaillement et de passage plus espacés,… Tant d’éléments qui accentuent la difficulté de l’épreuve. La course se déroule aussi un mois plus tôt que l’Iditarod, en débutant, en 2011, le 5 février, c'est-à-dire au cœur de l’hiver. Mais la distance est sensiblement la même et les règles aussi. La priorité est donnée au bien être des chiens et des concurrents.

Pour en savoir plus, une visite sur le site internet de la Yukon Quest s’impose : www.yukonquest.com

Face à face avec Sébastian Schnuelle

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
News-Mag voulait vous faire entrer de plein pieds dans l’aventure des courses de traineau à chiens de longue distance. Nous vous proposons ici en intégrale, l’interview exclusive que le musher à accordé à Marc d’Haenen… Agrémentée des photos provenant de la collection privée de Sébastian…

Quand tu étais jeune, rêvais-tu de devenir « musher » et de vivre la vie que tu vis maintenant ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
Non, pas du tout ! J’étais et je suis toujours un passionné de navigation à la voile. Je n’ai jamais eu de chien, jamais rêvé du Canada,… Ce mode de vie m’est arrivé par accident ! Durant mes études d’ingénieur environnemental, j’ai passé un semestre de stage en Ontario. J’ai travaillé dans le Parc National de « Pukaskawa ». C’est là que le tournant de ma vie s’est produit. Je suis rentré en Allemagne et l’hiver suivant j’ai réservé un voyage en Ontario, comprenant une excursion typique de 8 jours en traîneau à chiens dans le parc des « Algonquins ». C’est la que je me suis fait harponner !!!

Où vis-tu ? Dans une cabane de rondins loin de la civilisation ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
Absolument, selon le cliché traditionnel !!! Je vis dans une cabane à 50 km à l’Ouest de la ville de Whitehorse, la capitale des territoires du Yukon. C’est une petite cabane de trappeur de 3 mètres sur 4 mètres, assez basse et facile à chauffer. Mais ce n’est pas uniquement par plaisir, en effet, une loi municipale interdit de posséder plus de deux chiens dans les limites de la ville de Whitehorse, pour éviter les nuisances. Une meute de chiens qui hurlent la nuit peut faire beaucoup de bruit ! Ce que les citadins apprécient moyennement ! De ce fait, les amateurs et propriétaires de chiens de traineau sont obligés de vivre à l’écart de la ville. Au fil des ans, j’ai amélioré l’endroit, en construisant quelques cabanes de plus et un atelier, pour ranger tout mon matériel de « mushing ».

Quel genre de confort as-tu dans ta cabane ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
Confort ? J’ai un lit, une cuisine, un feu à bois et un fauteuil… Je n’ai pas l’eau courante ! Enfin si on veut : je peux courir avec mes seaux en revenant avec l’eau du puits ! Ha, ha, ha… Je ne suis pas relié au réseau électrique, mais j’ai un petit générateur et des panneaux solaires. C’est juste une cabane avec une seule pièce. En bas j’ai mon bureau, mon fauteuil (qui est toujours occupé par l’un ou l’autre chien), une petite cuisine avec une cuisinière à gaz et un feu au bois pour le chauffage. A l’étage, en mezzanine, j’ai mon lit. La chaleur montant, il y fait toujours plus chaud. Et bien entendu, pour les toilettes, c’est une petite cabane à l’extérieur !!!

Est-ce que le confort et la vie des gens normaux te manque ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
Le qualificatif de « normal » est très relatif ! Mais non, sinon j’aurais choisis un autre mode de vie. Mais je pense que l’âge joue aussi. Quand je vieillirai, couper de nombreux stères de bois chaque année ne sera peut-être plus aussi plaisant. Aller à la toilette dehors, par -40°c ne sera peut-être plus aussi plaisant non plus ! Il est clair que je verrai tout cela différemment quand j’aurai 80 ans ! Je profite au maximum de cette vie très simple et rustique dans la nature. Quand je regarde par ma fenêtre, que je vois les sapins tout verts, les bouleaux qui se parent de couleurs dorées, les sommets des montagnes de la vallée de l’Ibex qui se couvrent de neige… C’est ça mon confort. Je n’ai pas de voisins et plein de libertés, c’est beaucoup plus important pour moi que le confort de l’homme moderne…

Passes-tu la majorité de ton temps avec tes chiens, ou as-tu un autre métier ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
Pour les dix années qui viennent de passer, les chiens ont été mon occupation principale et mon métier à plein temps, d’une façon ou d’une autre. Pendant de nombreuses années j’ai emmené des clients pour des randonnées de 8 à 15 jours en traineau à chiens. J’avais ma propre société de tourisme www.bluekennels.de au Yukon. Depuis quelques années, j’ai trouvé un boulot pour l’été. Je vais avec mes chiens sur un glacier au dessus de la ville de Juneau en Alaska. Là, j’organise des randonnées pour les passagers des bateaux de croisière de l’Inside Passage : www.costalhelicopters.com
Les clients sont transportés par hélicoptère de Juneau jusque sur le glacier, ils font une randonnée d’une heure en traineau à chiens, puis retournent au bateau. L’avantage de ce boulot est qu’il me laisse mon hiver de libre pour me concentrer sur les courses de longue distance.

Comment se passe une journée typique dans ta vie ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
Ca varie beaucoup selon la saison. Actuellement en septembre, c’est le moment de faire tout ce qu’il faut à l’extérieur, autour de ma cabane, avant que la neige n’arrive (et elle arrive tôt au Yukon). Mais c’est aussi le moment de commencer sérieusement l’entrainement des chiens. On peut uniquement les faire courir quand il fait froid, idéalement en dessous de 5°c. Donc, je me lève à 5 heures du matin et je prends un groupe de chiens pour une randonnée de 2 ou 3 heures. Avec le temps que ça prend pour harnacher les chiens et ensuite pour les détacher, je passe facilement 4 à 5 heures en tout.
Je suis de retour dans ma cabane vers 9 heures pour le petit déjeuner. Je jette un coup d’œil rapide à l’ordinateur pour voir mes mails et je vais travailler dehors. Le travail consiste à pomper de l’eau du puits, donner à boire et à manger aux chiens, nettoyer les chenils, faire courir les chiens qui n’ont pas été harnachés, pour leur donner de l’exercice. J’essaye de faire une petite heure de sieste l’après-midi. Ensuite, je retourne au boulot : couper et transporter du bois de chauffage, repeindre des niches de chiens, réparer les véhicules,… Les occupations ne manquent pas.
Au fur et à mesure que l’on se dirige vers l’hiver, les entrainements sont de plus en plus longs. Vers la fin novembre, il est courant que je parte en randonnée pour 8 à 10 heures non-stop. A ce moment il me reste peu de temps pour faire autre chose…

Combien de temps par jour passes-tu à t’occuper de tes chiens ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
De 3 heures par jour en juillet à 16 heures par jour au milieu de l’hiver. L’entrainement est l’occupation principale. Au milieu de l’hiver je pars quotidiennement pour des randonnées de plus de 100km, ce qui prend de 10 à 12 heures, suivant les conditions. Si je veux quitter le camp à 8 heures, je dois me lever 5 heures pour tout préparer. Je rentre vers 8 heures le soir et avant que je sois au lit il est minuit. Ce sont de longues journées, mais tellement enrichissantes…

Combien de chiens as-tu ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
J’ai eu jusque 120 chiens. Mais à ce moment là j’avais besoin de deux aides de camp à plein temps. Maintenant j’ai 31 chiens qui m’appartiennent. Beaucoup de mes chiens deviennent vieux et je n’ai pas beaucoup pensé à la reproduction ces dernières années. Cet hiver je vais accueillir 20 chiens de course venant d’Alaska, de Aaron Burmeister, que je vais entrainer et utiliser pour les courses. Donc au total j’aurai 51 chiens, ce qui est un bon et confortable nombre.

Combien de chiens est-ce que tu harnache réellement à ton traîneau ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
Quand il n’y a pas de neige j’utilise un ATV, un genre de kart à 4 roues, très lourd. Je peux y attacher jusqu’à 26 chiens en même temps. Quand je passe au traineau, généralement vers la mi-novembre, je sélectionne les 20 meilleurs chiens et je les harnache au traîneau. Pour l’Iditarod, on fait la compétition avec un team de 16 chiens. Pour la Yukon Quest c’est un team de 14 chiens.
L’entrainement avec 20 chiens par traineau est un réel challenge ! Ils doivent être parfaitement entrainés, répondre instantanément aux ordres et avoir un bon comportement, sinon je suis totalement à leur merci ! 20 chiens ont une puissance incroyable. Parfois quand on va à pleine vitesse dans un sentier, je sens que les chiens font la grimace et j’ai dur de rester debout à l’arrière du traineau…

Utilises-tu toujours les mêmes chiens pour les courses ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
Sur une saison oui, c’est la clef de la réussite. Je garde toujours le même team ensemble. Je ne pense pas que ce serait bien de les entraîner en deux petits teams. A côté de leur entraînement physique, le mental est très important. Avant chaque entrainement, je laisse les chiens libres entre eux. Ainsi ils peuvent socialiser. Je les fais courir ensemble et ils ne tardent pas à savoir qu’ils font partie du même team. Les chiens d’un équipage de course savent qu’ils font partie d’une équipe, ils sont très soudés et savent bien qu’ils dépendent les uns des autres. Ils dorment, mangent, respirent ensemble… Pour moi l’esprit d’équipe est plus important que les capacités individuelles de chaque chien. Le meilleur équipage ne sert à rien si ils ne fonctionnent pas en harmonie et en parfaite unité.
Chaque année, à cette période de l’année, j’ai la difficile tâche d’ajouter des nouveaux membres à l’équipe, pour remplacer ceux qui deviennent trop vieux. N’importe quel chien n’est pas accepté facilement.

Quelle est la durée de la carrière d’un chien de course ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
J’essaye de ne pas les faire courir en compétition avant l’âge de 3 ans (ce qui correspond à un âge de 21 ans chez un humain). J’ai fait courir exceptionnellement certains chiens à l’âge de 2 ans. Mais c’est dangereux de leur demander de trop à cet âge. S’ils sont poussés trop loin en étant trop jeunes ils perdent leur enthousiasme pour la compétition.
Les chiens sont au meilleur de leur forme entre l’âge de 4 et 7 ans. Mais dans mon cas je suis connu pour faire courir des chiens plus âgés. En général mon allure en compétition est assez lente par rapport à d’autres teams, approximativement 11 km/h de moyenne. Mais je les entraine à courir longtemps et toujours sur le même rythme. J’ai eu plusieurs chiens de 10 ans qui ont finis la Yukon Quest et l’Iditarod, même les années ou j’ai fait mes meilleurs résultats. Les chiens les plus âgés ne sont pas ceux qui tirent le plus fort, mais ils ont une volonté extraordinaire et transmettent leur expérience aux autres chiens de l’équipe.
Quand un chien est jeune, il est plein d’énergie et travaille vraiment dur. Mais après quelques jours, ils commencent à se fatiguer et à se poser des questions. Leur mental n’est pas assez fort pour appréhender des courses de 1600 kilomètres. Les chiens plus âgés ont l’habitude de préserver leurs forces les premiers jours, ils limitent leurs efforts, car ils savent que la ligne d’arrivée est encore loin. Quand on arrive vers les 7èmes, 8èmes, 9èmes jours de course, c’est là que l’endurance des chiens porte ses fruits. C’est à ce moment là qu’ils doivent donner tout ce qu’ils ont comme réserve. Je les entraine pour qu’ils donnent leur maximum de puissance dans les derniers jours, et c’est là que je gagne énormément de places au classement général.

Comment sélectionnes-tu un bon chien de course ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
La première chose et la plus importante, ils doivent être de bons mangeurs ! Comme le humains ils peuvent êtres fatigués, mais il faut absolument qu’ils mangent avant de dormir. Un chien de traineau peut brûler 10.000 calories par jour (4x plus qu’un humain) ! Ca représente beaucoup de nourriture à stocker pour un petit corps de moins de 50kgs. Ils doivent manger plusieurs fois par jour, en course jusque 4 à 5 repas par jour. S’ils sautent certains de ces repas, ils perdent rapidement du poids et se retrouvent très vite hors course.
Ensuite, les chiens doivent avoir une fourrure très dense. Si leur fourrure n’est pas assez fournie, ils risquent des gelures, spécialement autour de leurs parties intimes.
Ensuite, ils ont besoin d’avoir des bonnes pattes. Ils effectuent des millions de pas au cours d’une course de 1600 km. Il y a une phrase qui dit : pas de pattes, pas de chiens ! Leurs pattes doivent êtres serrées, les doigts courts, des pattes qui peuvent courir sur la neige sans avoir besoin de bottes spéciales sur de longues distances.
Ensuite ce qui est important c’est le mental. Les chiens de courses ne doivent pas abandonner le travail s’ils sont fatigués. Ils doivent garder l’envie de courir même s’il fait froid ou qu’il fait mauvais dehors…

Comment se passe l’élevage pour obtenir un bon chien de course ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
Je ne suis absolument pas un spécialiste du sujet. Je ne pratique pas l’élevage. Je n’ai pas assez de temps pour m’occuper de l’élevage et de l’entraînement de jeunes chiens en même temps que mes chiens de course. Mais aussi, je ne peux pas me résoudre à vendre ou à donner mes chiens, ce qui ne me permet donc pas de faire de l’élevage. Depuis le début, j’achète mes chiens ou je cours avec des chiens qui me sont prêtés (ou loués) par d’autres personnes. J’ai même sauvé des chiens de la fourrière, où je vais régulièrement voir s’il n’y a pas de chiens de traineau.

Il y a une légende qui dit que, parfois, les chiennes en Alaska sont « couvertes » par des loups ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
C’est sans doute une légende qui à pu être véridique dans l’ancien temps. Mais de nos jours ce n’est plus le cas, pour plusieurs raisons : un loup est bien trop gros pour faire un chien de course moderne, mais en plus ils ne sont pas adaptés à l’endurance. Le croisement entre un chien et un loup ne donnerait certainement pas de bons résultats en course.

Peux-tu expliquer ta progression en course au cours des ans ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
Quand j’ai commencé à m’intéresser aux chiens de traineau je n’avais même pas connaissance de l’existence de courses telles que l’Iditarod ou la Yukon Quest. Une fois que j’ai habité au Yukon, j’ai entendu parler de la Yukon Quest et je me suis dit que ça pourrait être « Fun » d’y participer et de faire 1600 km en pleine nature avec mes chiens. C’était ma première erreur, de penser que ça pouvait être « Fun » !!! Si on peut y vivre de bons moments parfois, la majorité du temps c’est tout sauf « Fun ». C’est un véritable travail, très dur, aussi bien physiquement que mentalement. C’est un terrible challenge. Donc, lors de ma première participation à la Yukon Quest, en 1999, j’ai abandonné après 400 km, parce que ce n’était pas « Fun » du tout ! Il m’a fallu 5 ans pour m’en sortir, psychologiquement et aussi financièrement.
En 2004, je me suis réinscrit à la Yukon Quest, dans le but de finir le boulot que j’avais commencé. A ce moment là j’avais une nettement meilleure idée de ce qui m’attendait et j’ai pris le départ avec un tout autre mental. J’ai finis 10ème cette année là.
Là j’ai pensé arrêter la course, sur cet excellent résultat, avec la satisfaction d’avoir été au bout de ce que je voulais faire. Et de continuer ma vie en faisant des randonnées avec les touristes. Mais, l’envie de savoir si je pouvais faire mieux à été la plus forte et j’ai resigné mon engagement pour 2005 ! J’ai également signé pour l’Iditarod 2005, en n’ayant aucune idée de la difficulté de participer aux deux courses les plus dures au monde sur la même saison ! Je fus l’un des rares coureurs à finir ces deux courses la même année. J’ai terminé 9ème à la Yukon Quest et 38ème à ma première Iditarod. Au vue de ces résultats et en voyant de quoi j’étais capable, j’ai été totalement passionné par la compétition !
Je me suis séparé de ma petite amie, j’ai presque totalement vendu mes business, pour me concentrer uniquement sur les compétitions, avec un but très clair : gagner l’une des deux courses avant 2010 !
J’ai abandonné la vision d’aventure dans les courses, pour avoir de plus en plus, années après années, une vision beaucoup plus compétitive. Les courses d’endurance demandent beaucoup de temps et d’expérience. Ce n’est pas comme au tennis, où vous pouvez jouer beaucoup de match sur une saison et acquérir de l’expérience. Il n’y a qu’une seule Iditarod par an, et vous devez attendre un an pour pouvoir corriger vos erreurs de la course précédente !

Peux-tu expliquer l'évolution de tes résultats au cours des ans ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
L’évolution de mes résultats vient avec l’expérience et le fait que j’ai participé aux deux courses chaque année. J’ai accéléré ma progression comme ça. Quand j’ai commencé, j’ai rencontré des mushers qui avaient déjà participé à 3 courses de 1600 km. Ils participaient à une seule des deux courses par an. Avec ma participation à la Yukon Quest et à l’Iditarod chaque année, je me suis très vite rapproché de leur expérience. Après 4 ans j’avais déjà participé à 7 courses de 1600 km. C’était en 2007. Je pense qu’a ce moment là je suis vraiment devenu compétitif, avec une 10ème place à l’Iditarod cette année là.
Le côté amusant de la chose est que l’aspect financier à commencé à être de plus en plus difficile pour moi. Ce genre de course, spécialement si l’on n’est pas classé dans les meilleurs, est très difficile à supporter financièrement. En 2008, je n’ai pu participer qu’à l’Iditarod et j’ai guidé une équipe de tournage d’un film sur la Yukon Quest au lieu d’y participer en tant que compétiteur.

A quoi est due ta victoire sur la Yukon Quest en 2009, ton expérience, le choix de tes chiens, ou autre chose ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
C’est une combinaison de choses. Cette Yukon Quest 2009 était ma 9ème course de plus de 1600 km. L’expérience à certainement joué beaucoup. L’automne précédent j’avais acheté deux très bons chiens à Rick Casillo, ce qui a augmenté la qualité de mon attelage. Cet hiver là j’avais un très bon groupe d’aides pour m’épauler. Une chose importante, comme pour toute grosse compétition est l’aide que vous recevez de votre équipe de soutien. Certains mushers ont l’aide de leur femme, qui organise toute l’intendance, les ravitaillements et le planning de l’équipe de soutien. Je n’ai pas cette chance, donc je dépends totalement de l’équipe de soutien elle-même. Je ne peux qu’espérer que cette équipe sera composée de personnes sachant vraiment s’occuper des chiens. Et la chance fut avec moi cet hiver, car mon équipe d’aides se révéla être excellente.
A côté de cela, la course elle-même fut exceptionnelle. J’ai réussit à rester dans des bons temps de passage au début. Cette année là, mon objectif était d’améliorer ma prestation précédente et d’être mieux classé que la dixième place à l’Iditarod.
Les primes aux meilleures places sont nettement plus élevées sur l’Iditarod que sur la Yukon Quest. Donc mon but principal était d’atteindre la meilleure place de façon à récolter un maximum d’argent. A cette époque j’étais vraiment en difficultés financières et l’argent récolté sur l’Iditarod était indispensable pour que je puisse continuer à faire de la compétition.
Ce qui finalement m’amena sur la Yukon Quest avec nettement moins de pression. Il y avait un groupe de trois mushers devant moi : Jon Little, Hugh Neff and William Kleedehn, qui menaient une course très agressive. Ils avaient 6 heures d’avance sur moi et j’avais peu d’espoir de les rattraper. Mais quand le parcours prit son angle vers le nord, avec Eagle Summit et Rosebud Summit en vue, les trois teams de tête ont perdu leur puissance et sont tombés à court de réserves physiques. C’est là que ma tactique d’entrainement porta ses fruits et que je réussis à prendre la tête, ayant économisé les réserves physiques de mes chiens.

Gagner la Yukon Quest était l’objectif de ta carriere ou as-tu encore d’autres rêves ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
J’y ai réfléchis très longtemps l’été passé…J’ai atteint mon objectif : gagner une course de 1600km. J’ai pensé tout arrêter à ce moment là. Je pensais que c’était mieux d’arrêter au sommet de ma carrière, au lieu de continuer à courir après des rêves. Mais d’un autre côté je me demande si mes résultats ont été le sommet de ma carrière. En finissant second de l’Iditarod je suis parvenu si près du but ultime !!! C’est comme une drogue, donc je me suis inscrit pour participer à nouveau à l’Iditarod, avec cette-fois l’objectif de gagner ! D’un autre côté, je me rends compte que c’est un chemin dangereux, que je vis sur de constantes illusions… L’année prochaine je gagnerai !!!
Une autre de mes réflexions est que l’Iditarod et la Yukon Quest ont été le but de ma vie depuis plus de dix ans. Toute ma vie tourne autour de la course. Tout mon réseau social en fait partie. Ne plus y prendre part serait renoncer à tellement de choses. Ma vie entière en serait bouleversée, mon style de vie, mes amis, tant de choses… C’est l’une des raisons qui ont fait que je continue.

Est-ce que le mushing et les courses de chiens de traineau te permettent de gagner suffisamment ta vie ou est-ce que cette passion te coûte de l’argent ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
J’ai pu en vivre durant un certain temps, Mais ces deux dernières années les primes accordées aux meilleurs participants on nettement diminué. Ceci est du principalement à la mauvaise conjoncture économique et à la récession mondiale. Actuellement il n’est absolument plus possible d’en vivre. Si je ne gagnais pas ma vie l’été avec mes randonnées sur le glacier, je ne pourrais pas participer aux compétitions.
Je suis très inquiet sur mon futur, je n’ai pris aucune assurance ni plan de pension pour mes vieux jours. Le fait que j’arrive à 40 ans fait que je commence à me poser ce genre de questions. Je me dis que sur le long terme, je reviendrai certainement à mon business de guider des touristes toute l’année.

Que dirais-tu à un jeune qui rêve de chiens de traineau et de compétitions ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
Que ce n’est pas du tout un rêve ! Le rêve n’a rien à voir du tout là dedans. C’est du travail, du vrai travail très dur… Je reçois beaucoup de demandes de jeunes qui veulent m’aider à m’occuper des chiens. Toutes celles qui commencent par « J’ai toujours rêvé de chiens de traineau,… » Je les écarte d’office ! Ce sera des gens qui n’y arriveront jamais. Ce sont malheureusement des gens qui laisseront tomber après deux jours de « dur travail » au mois d’août… Alors qu’a cette saison tout est justement facile, la météo est clémente, etc,… Par contre, si je reçois une demande d’un gars qui a grandis dans une ferme, qui a l’habitude de travailler dur, alors là j’y jette un œil de plus près…
Qui que ce soit qui veut s’impliquer dans cette discipline se doit d’être autonome à tout point de vue. Quelqu’un qui est capable de tout résoudre et de tout réparer tout seul. Si vous êtes le genre de personne qui a besoin d’un mécanicien pour réparer votre véhicule, d’un électricien pour réparer votre installation électrique, de quelqu’un pour faire votre bois de chauffage, alors vous aurez besoin de beaucoup d’argent pour y arriver… J’ai vu quelques personnes comme ça, leur profession était « fils de… » Ou « fille de… », Peu d’entre eux ont réussit avec succès dans le milieu des courses de chiens de traineau, simplement parce qu’ils n’étaient pas habitués à travailler dur…

Est-ce dangereux de conduire des attelages de chiens de traîneau, de le faire en compétition ? As-tu eu des accidents ou des problèmes sérieux dans ta carrière ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
Il y a du danger, c’est inévitable ! Je me suis cassé deux côtes et la clavicule à l’entrainement. Mais cela c’est passé à cause d’une stupidité, à 100% de ma faute. J’essayais de prendre des photos de mouflons, alors que je conduisais un ATV (sorte de Kart avec des roues) avec 26 chiens harnachés !!! L’hiver dernier j’ai fait une chute sur de la glace vive et très dure, je me suis fait très mal au genou, ce qui m’a gêné toute la saison…
Les gelures aussi sont un danger constant et immédiat. Dans les courses de longue distance, le manque de sommeil est un facteur important. Quand vous êtes très fatigués vous faites souvent des erreurs de jugement. Mais tout se passe dans la tête : « la douleur est inévitable, la souffrance est optionnelle ».

Penses-tu passer le reste de ta vie dans le Grand-Nord, ou penses-tu à une certaine sorte de retraite un jour ? Dans ce cas là, où irais-tu et que ferais-tu ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
Je suis certain de passer le reste de ma vie dans le Grand-Nord. J’ai toujours aimé les régions nordiques. Quand j’étais jeune, je préférais naviguer dans la mer du nord que dans la méditerranée. Je ne suis pas sur que je vais rester dans le monde des chiens de traineau toute ma vie. C’est très gratifiant de vivre avec des chiens, mais en quelque sorte ça vous épuise et ça vous bloque, difficile de s’absenter quand on a des chiens qui ont besoin de vous 365 jours par an, c’est un peu le même souci que pour les agriculteurs. J’aimerais faire des longues expéditions en canoë. J’ai descendu le fleuve Mackenzie il y a des années. J’aimerais descendre le fleuve Yukon. J’aimerais aussi refaire de la voile, le Sud-est de l’Alaska et l’Inside Passage me fascinent… Je pense que je pourrais prendre ma retraite sur un bateau…

Si tu avais la possibilité de prendre quelques jours de vacances, où irais-tu et pourquoi ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
Je n’ai pas réellement pris de vacances depuis de nombreuses années. Les dernières années je suis rentré en Allemagne pour passer du temps avec mes parents. Ils commencent à vieillir et vu les grandes distances entre le Yukon et l’Allemagne, le temps que l’on peut passer ensemble est précieux. Certaines années j’ai pu prendre 4 semaines de vacances, cette année seulement 10 jours. Je vis dans un endroit où les gens viennent en vacances, et je les comprends très bien. Si je devais prendre des vacances, je pense que je resterais simplement au Yukon ou en Alaska. Il y a assez de choses à faire ici pour une vie entière.

Pratiques-tu d’autres activités que le mushing ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
J’avais un voilier, mais je l’ai vendu en 2006. Je n’avais pas le temps de pratiquer et j’avais aussi besoin d’argent. J’essayais aussi de restaurer un ancêtre Mercedes, j’ai appris la mécanique en le faisant, mais je l’ai aussi vendue il y a quelques années. Pour le moment je n’ai que mes chiens, mais la navigation à la voile reste dans ma tête. Un jour j’y retournerai.

As-tu un entrainement physique spécifique ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
Non, juste la vie que je vis tous les jours. Entre couper et ramener du bois, ramener l’eau, transporter la nourriture des chiens, nourrir les chiens, transporter les excréments de chiens, rattraper les chiens qui se sont enfuis, j’ai suffisamment d’exercice comme cela !
Dans les courses de chiens de longue distance il y a deux types de mushers. Ceux qui aident beaucoup leurs chiens, avec des bâtons de skis, ou même en courant derrière leur traîneau. Et ensuite, l’autre type de musher est ceux qui n’aident pas, ou très peu, leurs chiens. Je suis un musher du second type. J’ai un traîneau spécial qui permet de s’assoir. Je passe 80% de mon temps assis à l’arrière du traineau.
Je pense que ça ne sert à rien de faire courir mes chiens plus vite en les aidants. Bien entendu en terrain difficile ou dans les côtes importantes je les aide. Mais en d’autre temps je les laisse courir à leur propre rythme. Si les chiens sont capables de courir tout l’automne en tirant un ATV très lourd, avec deux personnes à bord, il n’y a aucune raison pour qu’ils ne soient pas capables de tirer un traineau nettement plus léger en hiver.
Un autre aspect de cette technique est plus psychologique. Au départ, mes chiens se retournaient au bas de chaque côte, attendant que je descendu traîneau pour les aider. Maintenant, ayant l’habitude que je ne les aide plus, ils ne se retournent même plus et montent beaucoup plus régulièrement et donc plus vite ! Je dépasse beaucoup d’autres coureurs dans ce cas de figure, en restant assis.

Suis-tu un régime spécial de sportif ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
Malheureusement non ! Je dois admettre que c’est une de mes faiblesses ! Je ne suis pas un bon cuisinier, je n’ai pas le temps de cuisine et je mange beaucoup trop de “Junk Food” (plats préparés) et d’autres choses pas très diététiques. Il y a des moments ou je le ressens vraiment…

Est-ce que tes chiens ont un entrainement spécifique ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
Oh, oui, toute l’année ! Le travail sur le glacier l’été est une grande part de cet entrainement. En automne l’entrainement est spécialement suivi. Je suis leur entraineur, qui va avec eux à chaque sortie. Au total, ils parcourent plus de 10.000 km par hiver, en incluant les courses…
Mais tous les chiens ont également un entrainement au niveau du mental. Je les libère après chaque entrainement et les 26 chiens se retrouvent dans ma cabane pour de grandes parties de jeu… Presque chaque nuits j’ai quelques chiens qui dorment avec moi à l’intérieur, j’adore vivre avec mes chiens…

Est-ce que tes chiens ont un régime spécial ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
Bien sur, ce sont eux les athlètes. Ils ont un régime spécial avec un taux très élevé de matières grasses et de protéines. C’est un aliment déshydraté. J’y rajoute de l’huile de colza, de l’huile de poisson, des vitamines et des minéraux. En supplément ils reçoivent du poisson, de la viande : bœuf, poulet, mouton,… Au plus la température est basse, au plus la quantité de graisse augmente.

Pour toi, la quelle des deux course est la plus dure, la Yukon Quest ou l’Iditarod, et pourquoi ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
Tout dépend des conditions météo. Ce sont deux courses très semblables, même distance, 1600 à 1800 km, mêmes timings et temps de repos,… La Yukon Quest à moins de points de contrôles, mais il y a plus de cabanes les long du parcours où l’on peut se réchauffer et se reposer. La météo fait souvent la différence dans une course. J’ai participé à la Yukon Quest avec un ciel bleu tout au long du parcours, la température ne descendit jamais en dessous de -30°c, et cette édition là me parut très facile. Par contre sur une des autres éditions, la température la moins froide fut -30°c et la plus froide de -60°c, cette édition là fut très difficile. Et c’est la même chose pour l’Iditarod. L’édition 2009 fut marquée par une tempête de neige très violente tout au long de la côte, de « Unalakleet » jusqu’à « White Mountain ». Le résultat fut que cette édition à été incroyablement difficile. Chaque année, chaque course est différente, et aucune d’elle n’est facile, sauf quand la météo est vraiment clémente. Mais pour moi, au plus la météo est difficile, au plus j’aime ça ! Durant la Yukon Quest en 2006, 5 équipages ont du être évacués par avion dans les environs d’Eagle Summit, en plein cœur d’une tempête. J’ai été le premier à rejoindre « Circle City ». J’aurais espéré que la tempête continue ! Durant la tempête de l’Iditarod 2009, je fus l’un des trois équipages à réussir à passer à travers. J’adore me battre contre les éléments et contre mes propres limites.

Quelle est la course que tu préfère, la Yukon Quest ou l’Iditarod, et pourquoi ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
La Yukon Quest est ma course de référence, vu que j’habite au Yukon. C’est un peu comme me balader dans mon jardin ! Elle se court dans le sens inverse chaque année. Donc une année sur deux elle démarre de Whitehorse, la ville où j’habite. C’est la première course de longue distance que j’ai courue. J’ai toujours préféré cette course. Malheureusement, depuis quelques années, les primes aux meilleures places sont descendues dramatiquement. Donc il est très difficile d’y participer, même si on fait de bons classements. On ne rentre pas dans ses frais.
Sur l’Iditarod c’est un peu différent, elle est beaucoup plus médiatisée, les primes sont plus élevées. Le parcours aussi est très intéressant, en passant dans des zones plus sauvages et dans des communautés qui ne sont accessibles que par avion, ou l’été par bateau. Ce qui la rend un peu plus intéressante pour moi. Sur la Yukon Quest, il n’y a que la communauté d’Eagle qui n’est accessible que par avion. Les autres points sont reliés au système routier. Généralement, ce n’est qu’entre Eagle et Circle City que je me sens vraiment perdu au fond des bois. Sur l’Iditarod ça arrive beaucoup plus… Puis l’arrivée de l’Iditarod à Nome est tellement spéciale. Cette communauté est tellement loin de la civilisation et de la première route. On a l’impression d’arriver au bout du monde.
En conclusion je dirais que j’ai une petite préférence quand même pour l’Iditarod. Mais j’adore la Yukon Quest aussi… Donc, je pense qu’il est mieux que je participe aux deux !!! Je suis vraiment accro…

La dernière question est un peu plus sensible. Tu n’es pas obligé de répondre si tu ne veux pas polémiquer. Certaines personnes pensent qu’il est inhumain de faire travailler des animaux et sont contre les courses de traineau ! Qu'en pense-tu ?

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
Ca ne me dérange pas de répondre. Ces personnes ne savent probablement pas de quoi elles parlent ! On ne fabrique pas un chien de traineau. On n’en a pas besoin ! Ces chiens sont nés pour cela, ils adorent courir. De la même façon qu’un chien de berger est fait pour s’occuper du troupeau. C’est dans leurs gênes, c’est leur instinct, leur nature.
C’est la même chose pour les humains, certains sont faits pour la compétition, d’autres pas. Courir un marathon peut paraître impensable pour la majorité des gens, alors que pour certains c’est facile.
Il est clair que tout le monde ne peux pas courir un marathon, tout comme les chiens ne peuvent pas tous courir sur une compétition de longue distance. Tout le monde ne pourrait pas intégrer une équipe de football. De même pour les chiens. Je suis leur entraineur, c’est à moi de sélectionner les meilleurs, de les coacher, de faire en sorte qu’ils soient heureux et en bonne santé.
J’ai sauvé de nombreux chiens de la fourrière. Je les ai adoptés. Certains sont des animaux de compagnie, certains sont devenus des chiens de randonnées pour mes touristes, très peu d’entre eux sont devenus des chiens de compétition. Et encore moins font réellement partie de mon attelage de course. La sélection est très sévère.
Austin par exemple, qui à dix ans maintenant, à couru avec moi les 11 compétitions de longue distance aux quelles j’ai participé. Il vient de la fourrière municipale de Whitehorse. Et il n’est pas plus heureux que quand il court.
Bien sur il y a des personnes dans le milieu des courses de chiens qui feraient mieux de ne pas y être. Ils ne traitent pas leurs chiens comme il faut. Mais en général ces gens là ne traitent pas bien leurs enfants ou leurs animaux de compagnie. Ce n’est pas pour cela qu’on dit qu’il ne faut pas avoir d’enfants, ni d’animaux de compagnie !!!
Les courses de chiens de traineau de longues distances représentent beaucoup de travail pour très peu d’argent. Il est impossible de pratiquer cette discipline si on n’aime pas les chiens.
En conclusion je dirais que ceux qui ont des doutes ou des critiques à formuler sont les bienvenus chez moi pour découvrir mes activités et mes chiens. Ils pourront ensuite se faire une opinion exacte.

Faites-le vous aussi !

Portrait de Sébastian Schnuelle – Un «Musher» hors du commun…
Il nous reste donc à souhaiter bonne chance à Sébastian pour sa saison de course 2010-2011.

si vous êtes intéressés par le mushing, le Yukon et les courses de traineau à chien, vous pouvez le faire vous aussi. Un petit tour sur les liens suivants vous en apprendrons beaucoup plus:

www.bluekennels.de

www.costalhelicopters.com

www.iditarod.com

www.yukonquest.com
Mardi 7 Septembre 2010
Marc d'Haenen

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